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L'incendie du Bazar de la Charité             01/2020 

par  José NAVARRE

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Au Château de la Chapelle, on enterre la comtesse de Moustiers, mère du Conseiller Général du canton. Au bourg, on se presse aux obsèques d’Hélène Barassé, la seconde fille d'Alfred Barassé, notaire honoraire et ancien maire de Crécy pendant deux mandats.

Les deux femmes font partie des victimes de l’incendie du Bazar de la Charité, évènement spectaculaire et dramatique qui a ému tout le pays, le 4 mai dernier. 120 personnes sont mortes, brûlées vives ou écrasées lors de l’incendie.
Et si l’évènement est particulièrement remarquable c’est que les victimes, pour la plupart des femmes, font en grande majorité partie du tout Paris, membres de l’aristocratie ou de la grande bourgeoise de l’époque. Citons par exemple, Son Altesse Royale la Duchesse d’Alençon, sœur de l’Impératrice Sissi ou des noms venus de l’industrie comme Schlumberger …
Les deux créçoises ont péri en bonne compagnie.
Nous sommes le 4 mai 1897, au tout début du temps des cartes postales, l’année de la création de Cyrano de Bergerac, au beau milieu de la belle époque, pas forcément belle pour tout le monde. Si le tout Paris des aristocrates et des grands bourgeois, mène la grande vie, on compte aussi beaucoup de miséreux.

Les femmes richement "enrobées", pour nombre d’entre elles, assument leur rôle d'épouses et de bonnes chrétiennes. A ce titre, elles ont dans leur mission sociale celle d’organiser et de participer à des œuvres de bienfaisance, dites aussi, de charité. Elles contribuent ainsi à une forme de maintien de la paix sociale, propice au développement des affaires.

Le bazar de la Charité est une œuvre de bienfaisance (il n’y a avait pas encore d’assos caritatives) qui organisait des ventes au profit d’ouvriers catholiques démunis. Articles de modes, colifichets et bien d’autres gadgets étaient proposés au Dames de la bonne société à l’occasion d’expositions récréatives.

Ces ventes portaient le nom de Bazar de la Charité, installé en 1897, au 17 de la rue Jean-Goujon dans le 8ème arrondissement de Paris.

 

 

Mai 1897. C’est le printemps,  mais la bourgade de Crécy pleure ses mortes …

L’intérieur de l’établissement tout en bois est décoré sur un thème médiéval avec des décors réalisés dans des matériaux pas très résistants au feu. La règlementation incendie de l’époque était sans doute un peu permissive. Une installation de cinématographe permettait de découvrir la dernière attraction des frères Lumière. Le bazar s’étalait sur plusieurs jours. Le 4 mai, la halle était pleine. Il semble que tout soit parti de la cabine improvisée du projecteur de cinématographe. Un problème dans le rechargement de la lampe à éther et oups … Etincelle, embrasement de la paroi de la cabine : un simple rideau. Les journaux de l’époque décrivent un feu ravageant l’établissement en 15 à 20 minutes. 120 morts au minimum et de nombreux brûlés.
Il y a 110 femmes et 10 hommes seulement (dont quelques enfants). La presse de l’époque souligne cette disproportion et s’étonne. Certes il y avait plus de femmes que d’hommes dans l’assistance. Mais évidemment leurs robes rendaient leurs mouvements compliqués et les transformaient en torches vivantes en quelques secondes. De plus, beaucoup de témoins ont vu des hommes s’échapper du bâtiment en s’ouvrant un chemin à coups de cannes … selon les rumeurs de l’époque, Ils auraient fui les premiers pour une grande part, mais pas tous heureusement.
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En cette fin d’année 2019, TF1 a diffusé une série de 8 épisodes qui a rencontré un beau succès et a fait découvrir au grand public ce terrible fait divers.

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Revenons chez-nous, à Crécy quelques jours après le désastre.

Voici le compte rendu des obsèques des victimes crécoises relatés dans l’Eclaireur de Seine et Marne du 9 mai 1897. Le style un tantinet emphasé est typique de l’époque. La charité y est magnifiée … les victimes de cet incendie sont souvent décrites comme des martyres, sacrifiés sur

l’autel de la charité.
Quelques années après ce bazar, la charité a été en quelque sorte institutionnalisée et rendue obligatoire à travers l’impôt sur le revenu. L’ISF constitua jusqu’à une période récente une expression aboutie de la charité. La théorie du ruissellement sera-t-elle plus profitable aux déshérités ?

Tombe d'Hélène Barassé morte au Bazar de la Charité et enterrée à la Chapelle de Crécy